Jeu de maux avec Nemorospo (par Samantha Mayfair)

Jeu de maux avec Nemorospo (par Samantha Mayfair)
Jeu de maux avec Nemorospo

Au clair de la lune

Je me suis réveillée nue et tremblante,
dans un autre corps.
La liberté, ça y est ! J'ai accès...
La mer s'est ouverte.
Sur des murs, dans une grotte et ailleurs, j'ai laissé quelques traces de mon incubation, maintenant, la noyade est derrière.
Que de perspectives enthousiasmantes, grisantes. La vie est fraîche et agréablement parfumée, ma main accepte de ne plus se serrer nerveusement, le sable devenu fin coule entre mes doigts et c'est doux. Un grain léger s'échappe du ciel, fait des postillons, arrose ma peau, mon visage. Mes joues imbibées ne sont pas salées.
Pas de larmes.
En jouant avec mes yeux, je fais tanguer les étoiles qui me regardent sans sourciller. J'adore la lumière des astres. Mon pouvoir, ce soir est de déloger les cieux !

Mais la température de la solitude rend l'espace glacial. Un frémissement me saisit et mes tempes transportent le rythme. Tout mon corps connait ce tempo. Avant, c'était l'annonce d'un drôle de sacré tango !
Là, je vois le gouffre qui s'ouvre avec délectation, il n'y a pas à s'y glisser. Ni à perdre pied, perdre la tête, perdre les sens, jusqu'à en perdre les temps et le mouvement. De cette sensation d'isolement, s'en dépouiller pour accéder à une autre réalité. Non, pas de raison.

Puis, le frisson du désert se gèle. Ça va passer. Je coince des grains de sable sous mes ongles. Ça crisse. Les nuages me font jouer à cache-cache avec la lune et m'agacent. Tout tourne et rien ne danse. La légèreté est suspendue.
Infusion, cordon, on ne raccroche à rien, rien ne se déchaîne, n'aliène plus, plus rien...
Je respire, titubante mais vivante.
Mon ventre ne se tait pas et me remonte à la gorge. Je m'imagine briser la glace à en faire jaillir le sang, ouvrir le coffre, retrouver le trésor, je commence à prendre de la bouteille. Je ne ris pas de la voir si vide en ce soir.
Je suis lourde.
Dégoulinante.
Hurlante.
Comment le silence peut-il être aussi bruyant ? Mes vêtements collent à ce corps qui est là, présent. Vide et qui me gène. Dans mes veines coule un jus qui ne chamboule rien.
Finalement, je me reconnais.
Libérée. Mais loin d'être libre.
Mes choix sont limités. J'ai besoin de tout.
Personne ne dépend de moi.
Ni autonome. Ni indépendante.
Nue et tremblante comme à la première minute. Chaque seconde, il faut que je pense à crier.

# Posté le mardi 15 septembre 2009 02:07

Modifié le mardi 15 septembre 2009 03:12

"Le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt" (pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu)

"Le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt" (pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu)

Le fracas, le chaos, résonnant encore parfois, viennent tels des vagues métalliques lécher le bout de mes orteils. J'ai pourtant pris la peine d'éclaircir l'horizon. De tous les trésors mis à jour, je n'ai gardé que bien peu, l'équivalent d'une poignée de sable, si fin, si fin. J'ai arraché cet habit d'ivresse, ces éclairs de pure folie, j'ai appris lentement à reprendre et contrôler mon souffle, les émotions qui le rythment, le staccato de mon c½ur, cette corde métallique entre mes deux oreilles qui par moment encore, me fait oublier la beauté du silence. J'ai mille c½urs en moi, mille vies, tant de pages à écrire. D'une plume crissante trempée dans le vin de tant de nuits, j'ai su parfois extraire quelques poignées de poussière scintillante. J'ai eu entre mes mains tout ce qu'un homme peut souhaiter, il ne restait plus qu'à planter, construire, écrire, aimer, élever. Au lieu de ça, j'ai disséminé quelques charges à retardement, puis, le mécanisme armé, je me suis assis sur l'édifice afin de contempler l'inéluctable décompte. Inconsciemment, je crois, j'ai prié ou peut-être ai-je insulté le ciel, pour que l'explosion me pulvérise et me transforme en poussière. Au lieu de quoi, je me suis réveillé nu et tremblant, autour de moi, le désert. N'ayant plus qu'à imaginer un moyen d'irriguer à nouveau cette terre dévastée, ce c½ur de pierre, car je le sais pour l'avoir déjà contemplé, un arbre peut pousser au travers d'un mur.
Les nuits ici sont plus froides bien sûr. J'apprends à conserver la chaleur au plus près. Et il reste toujours les étoiles, si le sommeil ne vient pas. J'en ai tenu une entre mes mains, c'était il y a longtemps, je crois ou peut-être était-ce seulement hier. La nuit je lève les yeux au ciel et, pointant le doigt vers les plus brillantes d'entre elles, il me semble que je pourrais presque les atteindre encore. Dans ces moments, une grande paix et une infinie sagesse enveloppent mes épaules de leur douceur et ce, jusqu'au lever du jour. D'autre fois, je me contente de loucher tel un imbécile sur ce doigt qui se tend jusqu'à ce que ma vue se brouille, transformant toute cette beauté en lointaines vagues métalliques qui me font frémir le temps de retrouver mon souffle.

# Posté le samedi 05 septembre 2009 11:35

Brêves de l'été

Brêves de l'été
A Belleville, au pied du cinématographique restaurant « Le Président », des femmes asiatiques font les cent pas, habillées chaudement et ne payant pas de mine. A ce qu'on dit par ici, si on les paye, un petit billet de 5,00¤, elles vousfont une pipe. Pour 100,00¤, on doit pouvoir les garder toute une nuit. La misère n'est jamais assez chère et c'est juste en bas de chez vous. Réveillez-vous.

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Au café, un dimanche matin.
Un type écroulé sur le comptoir termine sa nuit de beuverie à coups de bière et de café. Situation mille fois vécue, pas toujours dignement non plus. C'est étonnant de voir ça avec le recul dont je dispose à présent, une journée après l'autre, puis des semaines qui s'enchainent, devenant des mois et finalement, bientôt deux ans. D'abstinence. Ce à quoi cela me renvoie n'est bien sûr pas très agréable et d'un autre côté, je me sens encore si proche de ce pauvre type et plein de compréhension pour ce qu'il vit à l'instant. Pas envie de dormir, pas envie de souffrir, pas envie d'affronter ce fichu dragon, des hectolitres d'alcool dans l'espoir d'étouffer tout ça, mais, au bout du compte, ce n'est jamais qu'une marmite d'huile bouillante balancée sur le feu.
Ca ne me fait pas sourire tous les jours, mais je ne bois toujours pas et c'est très bien ainsi et j'aime à penser que ça n'arrivera pas de sitôt. Plus jamais, c'est l'idée.

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Une boutique de téléphone, lundi.
Deux types en viennent aux mains pour une histoire de place dans une ridicule petite file d'attente. Grand numéro d'incivisme et de non-diplomatie. On oublie de se parler directement, puis viennent les insultes et vas-y que je t'empoigne et sors dehors si t'es un homme et attends que j'appelle mes potes qui bossent juste à côté. Pitoyable.

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« C'est toujours comme ça quand on tourne. Je picole, je picole, je ne dors pas beaucoup et donc ensuite je suis vanné, mais curieusement excité. Non, je veux dire : Sexuellement excité ! » (Un producteur, dont je tairai le nom, écroulé dans son fauteuil, regardant d'un ½il vague sur le combo, deux petites comédiennes à peine vêtues)

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Dans le métro.
Un géant dans un manteau géant, sa tête touchant presque le plafond de la rame. Un peu plus loin dans le wagon, deux jumelles, pures jumelles, âgées et vraisemblablement jumellement atteintes de la même grave maladie en phase terminale, plus que la peau sur les os et ce fameux regard terrifié. Freaks in the subway...

# Posté le dimanche 12 juillet 2009 03:13

Modifié le dimanche 19 juillet 2009 08:17

Bon oui mais Jo dans tout ça ?

Bon oui mais Jo dans tout ça ?
Jo remonta avec l'idée de préparer un café. Le premier étage de sa maison était silencieux et plongé dans la pénombre. Il alluma une lampe sur le comptoir de la cuisine et lança la cafetière. Levant les yeux, il aperçut Julie-Anne assoupie sur le canapé d'angle du salon, il nota qu'un pan du peignoir avait glissé sur sa cuisse. Alors que la pression commençait à faire ronronner la cafetière italienne, Jo se dévêtit entièrement et s'approcha du canapé. Il s'agenouilla auprès de la jeune femme, sentant une douce chaleur l'envahir juste au creux des reins. Il la contempla encore un instant, immobile et retenant son souffle, puis il passa une main dan ses cheveux noirs encore tout humides de la douche. Julie-Anne émit un soupir, sa bouche s'entrouvrit, il en caressa doucement le contour et, sans hésiter davantage, il y glissa un doigt. Ses lèvres se resserrèrent à peine, un infime succion tout d'abord, puis de sa langue elle en vint à taquiner son doigt. De sa main libre, il dénoua la ceinture du peignoir et la dénuda entièrement. S'étirant lentement, Julie-Anne entreprit de le caresser avec ses pieds, le laissant en même temps enduire le bout de ses seins de ses doigts dégoulinants de salive. Puis elle se redressa et, se penchant sur lui, elle le happa lentement à pleine bouche. Jo contempla le dos de la jeune femme, constellé de grains de beauté. Il entreprit d'en faire le compte, se demandant s'il n'allait pas y découvrir quelque signe alors qu'à présent elle le suçait goulûment en gémissant de plus belle. Tandis qu'elle reprenait son souffle, Jo s'accroupit à son tour entre ses cuisses, nota sept grains de beauté formant une étoile juste au dessus de son pubis et il entreprit de la lècher tout en la pénétrant de son majeur incurvé en crochet, bien décidé qu'il était à réveiller son fameux point G. Cela ne fut pas long et elle jouit en plusieurs spasmes, le bassin agité alors de véritables ondes sismiques. « Oh, merci, ooooh, merci ! » lui dit-elle simplement dans un râle alors qu'il se redressait, le visage tout luisant de son jus. Il la contempla un instant, totalement excité à présent et plongeant son regard dans celui de la jeune femme, il empoigna ses chevilles. Il lui cala les mollets sur ses épaules et lui offrit un coussin qu'elle glissa sous ses reins alors qu'il la pénétrait lentement. La nuit ronronnait toujours au dehors et promettait d'être longue et douce, même si la nuit, à y regarder de plus près, ne tenait pas toujours forcément ses promesses.
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# Posté le mardi 02 juin 2009 09:12

Modifié le mardi 02 juin 2009 17:49

Une soirée sans alcool

Une soirée sans alcool
Je suis parti mal réveillé d'une sieste à ce concert. Un couteau planté dans le bas du dos, douleur aigue, probablement due à une dent mal soignée. C'est difficile pour un hypo, quand tout se met à déconner, il y a vraiment des moments où l'on s'en passerait bien.
Bon, rue de la grande truanderie donc . Bistrot sympa, clientèle jeune, enfin plus jeune d'une dizaine d'années au moins, bonne musique. Suis arrivé pendant les balances (un bien grand mot). Commandé un schweppes, trouvé un tabouret au bout du bar, jeté un ½il sur la carte et décidé de ne pas manger là, vu qu'il n'y avait que des planches de fromages ou de charcuterie.
Le concert a commencé. Doucement et avec quelques couacs. Mais c'était sympa. Martin, qui m'avait invité, n'était pas là. Tous ces gens étaient en bandes, peut-être des potes à lui, je regardais tout ça perché sur mon tabouret. Un regard, un sourire de temps en temps. Me demandant bien quel sésame pourrait me faire rentrer à telle ou telle table. Sous mon nez défilaient des verres d'alcool, parfums de vin, de bière et de rhum. Bon, d'accord, le schweppes, c'est pas forcément ce qu'il y a de mieux pour délier la langue, ôter la douleur d'un stylet planté au bas du dos. Mais bon, c'est comme ça, je ne suis pas celui qui conduit et je suis celui qui ne boit pas. Comme on ne fume plus dans les bars, j'ai mâchouillé un cure-dent en essayant de garder les yeux ouverts.
Puis, il a fallu que je tombe sur le casse-couilles de la soirée. Celui qui a besoin de parler à tout le monde. Qui regarde toutes les filles avec un regard de psycho-killer, qui trouve la musique chiante, le son mauvais, qui ne comprend pas les paroles, mais qui reste quand même parce qu'il connaît bien l'endroit, il s'y sent un peu chez lui, en somme. Comme j'ai eu la bonne idée d'accepter de lui garder sa sacoche pendant qu'il va pisser, il me paye un verre en retour. Troisième schweppes. Un de trop. Le type continue de déblatérer dans mon oreille droite, heureusement, c'est la mauvaise, mais il commence cependant à me saouler salement. De guerre lasse et plutôt que de lui dire d'arrêter de me casser les couilles, je sors fumer une clope. Puis décide de regagner Belleville, car décidément, la soirée ne prend pas bonne tournure. Rue de Belleville, je croise Christine, ma coloc, qui semble étonnée de me voir rentrer si tôt. Elle est partie pour aller fêter les 40 ans d'un amie que j'ai croisée deux fois. Une de leurs amies communes, je l'ai croisée un peu plus que deux fois et d'assez près pour en être parfois encore mystérieusement imprégné. Elle me demande si je veux l'accompagner. Je lui répond non, bien sûr, tu imagines un peu l'éléphant dans le magasin de porcelaine ? Je lui claque deux bises et la laisse filer. Au moins, si la douleur dans le dos persiste, je pourrais toujours me dire qu'il y a une bonne raison.
Avant d'arriver à l'appart, je fais une halte au bistrot du bout de la rue, c'est soirée slam le vendredi. J'arrive juste à temps, avant la fin du premier set, pour écouter deux ou trois trucs assez marrants en buvant un jus de gingembre, qui, je ne sais trop pourquoi, a un goût de poussière.
« Un jour vous êtes une terre inondée et le lendemain, vous voilà traversant le grand désert de vos pieds nus... etc ... » Je la connais par c½ur et depuis longtemps.

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# Posté le mardi 02 juin 2009 05:34

La souffrance des petits

La souffrance des petits
Il y a environ Quatre ans, j'avais écrit :

Voilà, ça recommence. Plongée en abysses. Je me lève le matin sans envie, sans projet, rien qui m'oblige, du reste, à me lever. Je me couche le soir de mêm, car rien ne m'oblige non plus à me coucher. En général, je regarde un film ou deux, j'ouvre rarement un livre, je ne prends plus la peine d'écrire. La télé, je m'endors devant. Je me réveille au milieu de la nuit ébloui par la luminosité de l'écran qui est resté allumé. Je l'éteins et j'enlève les vêtements que j'ai gardés en m'endormant. Le lit est en vrac, les oreillers, informes, sont des pierres. J'essaie de remettre un peu d'ordre dans tout ça et je me rendors.
Voilà onze jours que je n'ai pas bu une goutte. Encore dix jours ainsi et je pourrais considérer être sur la bonne voie. Ne plus boire n'arrange rien à mon état dépressif, cela ne fait que l'amplifier, le rendre plus aigu. Peut-être faudra-t-il me résoudre à prendre un truc pour compenser, seropram ou autre.
Cette dépression qui me taraude toujours et toujours un peu plus fort à l'approche des fêtes de Noël me laisse toujours aussi perplexe. Je n'ai pas encore épuisé les pistes, quant à savoir quelle est son origine, où elle puise sa source. Cela me semble insoluble parfois. Un rapport à l'enfance ? Sans doute et peut-être bien au-delà. Un deuil mal vécu dans le ventre d'une mère endeuillée. Une mauvaise transmission, un héritage pesant.
Autre chose. La souffrance des petits me fait toujours le même effet, entre colère et effroi. Un petit exemple bien triste, comme on en voit trop souvent ici dans la grande ville.
Le point de départ : Un homme sort excédé d'une boulangerie.
« Puisque c'est comme ça je m'en vais ! Je rentre à la maison sans toi, tu n'auras qu'à te débrouiller ! »
Un tout petit bonhomme, quatre ans au plus, reste pétrifié devant la porte de la boulangerie et se met à crier
« Non ! Non ! Papa ! Papa ! Attends moi ! »
Le père continue, il marche tel un fou-furieux en pestant, s'arrête enfin crie en direction du gamin :
« Non je ne t'attends pas ! Et tu ferais bien de te magner ou tu vas rentrer TOUT SEUL ! TANT PIS ! LE MECHANT LOUP VA TE CROQUER !!!
-NOOOON ! PAPAAAA ! NOOOON ! PAS LE LOUP ! PAS LE MECHANT LOUP !
Cette fois le type est arrivé à ses fins. Son enfant est terrorisé. Il s'empresse de rattraper son père et le suit tout en restant à un mètre derrière lui. Pas une main ne se tend, pas une parole de réconfort. Le père, au contraire, continue d'abreuver son petit de reproches, comme si ce dernier était en âge de comprendre se névroses d'adulte. De toute évidence, ce type est en colère, en permanence. De toute évidence, le petit en fait les frais bien souvent et bien injustement. Mais, résigné, il continue de suivre cet homme en colère car c'est son père et il espère encore au fond de son grand c½ur d'enfant que ça finira par s'arranger

# Posté le mardi 02 juin 2009 05:26

Rappelez vous, Dick est sorti de la SPA (pour ceux qui arrivent encore à suivre!)

Rappelez vous, Dick est sorti de la SPA (pour ceux qui arrivent encore à suivre!)
A peine fut-il installé sur son plaid dans le coffre que Dick se mit à couiner, répondant aux jappements qui montaient des murs du chenil. Cet endroit avait le don de vous nouer l'estomac et comme si cela ne suffisait pas, voilà que Dick me regardait avec des yeux que le plus maltraité des corniauds n'aurait même osé poser sur un pauvre humain, de peur de lui briser le c½ur.
- Dick, mais souris, bon-sang, HAUT-LES-COEURS ! Je viens de te sortir d'un drôle de mauvais pas, tu sais ... Allez, on rentre à la maison, LA MAISON DICK !
Et nous quittâmes ce lieu infernal, dernier refuge avant adoption pour toutes ces bêtes délaissées, ceci dans le meilleur des cas mais mieux valait ne pas trop y songer. J'allumai la radio, une fille se mit à chanter d'une voix fluette qu'elle avait besoin d'amour et nous nous éloignâmes, laissant derrière nous quelques volutes de gas-oil.
ET J'AI BESOIN D'AMOOOUR
PLUS SOUVENT QU'A MON TOOOUR
JUSQU'A LA TOMBEE DU JOOOUR
Encore une qui ne manquait pas d'air...
Sur la route, j'avisai un panneau annonçant un hypermarché. C'était bien beau d'avoir invité Marion et son encombrante moitié à dîner, encore fallait-il trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Je suivis donc les flèches et me retrouvai dans un parking sous-terrain puant les gaz d'échappement froids. De plus, l'endroit semblait éclairé à la bougie, surtout après l'éclat du soleil au dehors. Mais non, me rassurai-je, tout ceci n'était que question d'acclimatation , c'étaient bien les mêmes néons glauques -lorsqu'ils ne battaient pas de façon agaçante- inévitables en un lieu tel que celui-ci, le paradis du consommateur enfoui sous la ville grouillante et fumante. Celui qui avait le malheur d'être un tantinet claustrophobe ou agoraphobe pouvait s'attendre au pire lorsqu'il débarquait ici-bas.
Je fermai les vitres et me tournai vers Dick. “ Garde la voiture, hein ?”. Il me regarda à peine, soupira profondément et renfouit son museau dans son entrejambe, est-ce que je rêvais ou le bougre me faisait-il la tête ? “Je te ramène à manger, espèce d'ingrat... ajoutai-je avant de refermer le coffre. Puis j'attrapai un caddie et me mis en quête des ascenseurs. Les haut-parleurs du parking crachaient le même potage déshydraté que tout-à-l'heure :
J'AI BESOIN D'AMOOOUR
OH J'AI BESOIN DE TOOOI
PLUS SOUVENT QU'A MON TOOOUR
D'OBEIR A TA LOOOI
VIENS PRENDS-MOI MON AMOOOUR
TU M'AS DONNE LA FOOOI
JUSQU'A LA FIN DU JOOOUR
TOUT TOUT AU FOND DE MOOOI
Je commençai à douter de ma santé mentale alors que j'engageai mon caddie sur l'escalator qui montait vers les rayons alimentation. Quelle idée de venir faire ses courses ici, un samedi de surcroît, à moins de répondre à je ne sais quelle pulsion masochiste. L'endroit grouillait littéralement, des familles entières parfois et mêmes si rien ne semblait visible, à priori, cela sentait fortement l'hystérie collective, certains regards vous disaient clairement de surtout ne pas chercher à vous y frotter.
Avant d'arriver à la nourriture, je traversai le rayon lingerie. J'aimais bien ce genre d'endroit , c'était comme un carré de roses dans un champ de betteraves. Une employée du supermarché finissait d'installer un rayon de petits ensembles colorés. Je repérais deux ou trois choses sympathiques. Elle termina en accrochant un panneau indiquant -40% sur ce rayon AFFAIRE EXCEPTIONNELLE ! Je songeais un instant que j'aurais pu faire l'acquisition d'un ou deux de ces trucs; j'aurais pu les offrir à Marion mais je ne parvenais pas à me rappeler sa taille, elle me l'avait pourtant dit deux ou trois fois, il me semblait bien que c'était 90B et 38 mais je pouvais me tromper. Et puis, après le coup de la danse du sabre, elle risquait de le prendre plutôt mal de toute façon. Je quittai donc mon carré de roses et passai aux choses sérieuses.
Je me décidai pour quelques poivrons rouges, jaunes, verts que je mettrai à mariner au frigo le soir-même, ils feraient une entrée des plus rafraîchissante. Je chargeai également mon caddie de deux concombres, quelques courgettes et une romaine, la chaleur vous faisait naître des envies de verdure et de légumes gorgés d'eau. J'allai renifler les melons et en sortit deux du lot qui me paraissaient à point. Enfin, je me remplis un sac de pêches, pesai le tout et filai aux fromages. Je commençai par un pot de cottage : sur les courgettes et avec beaucoup d'ail, ça vous faisait un merveilleux gratin. A ceci j'ajoutai un morceau de morbier un peu fait et une douzaine de yaourts. Il me fallait des oeufs, ça ne devait pas être loin. Je les trouvai entre le lait et la crème (dont je me fis un petit stock, tant qu'à faire...) . Un type semblait avoir du mal à se décider, boîte de six ? Boîte de douze ? De vingt-quatre ? Mais en y regardant de plus près, je pris conscience que son problème devait se situer ailleurs. Il ouvrait systématiquement chaque boîte dont il tâtait chaque ½uf en maugréant “Pas mûr ça, pas mûr !” puis il passait à la suivante.
Je m'approchai encore et attrapai une boîte de six oeufs, pondus deux jours auparavant disait l'étiquette, ça ferait l'affaire. C'est alors qu'une odeur pestilentielle vint s'insinuer dans mes narines. j'ouvris ma boîte et la flairai, pris d'un doute quant-à la relative fraîcheur du contenu, mais ce n'était pas là l'origine de la puanteur, comme une odeur d'excréments en fait. Je lorgnais du côté du type près de moi, il ne bougeait plus d'un poil, comme figé avec sa vingtième boîte d'oeufs pas mûrs entre les mains, peut-être avait-il senti lui aussi. Je m'écartai pour trouver un peu d'air et c'est alors que je vis le pantalon de l'homme aux oeufs : un jogging mauve qu'il portait avec une superbe veste croisée anthracite à fines rayures et des mocassins bicolores. Bicolore, son pantalon n'allait pas tarder non plus à le devenir, il était en train de s'auréoler à vue d'oeil au niveau du derrière, ça allait en s'élargissant et commençait à lui dégouliner jusque sur les mollets. L'odeur était de plus en plus épouvantable, si bien que je fis demi-tour en faisant brinquebaler mon chariot et filai vers la viande en retenant mon souffle. Un peu de bacon, de la poitrine fumée et une côte de b½uf gargantuesque vinrent rejoindre le reste de mes provisions. Il semblait de plus en plus clair que mes 250,00 ne feraient pas le poids, j'allais devoir tenter un règlement par carte creusant un peu plus l'étendue vertigineuse de mon découvert. Avant d'arriver aux caisses, je m'arrêtais aux boissons, un St Nicolas de Bourgueuil, un Gevrey-Chambertin, six bouteilles de Rolling-Rock et un pack d'eau minérale. J'allais m'engager dans la file d'attente quand je réalisais que j'avais oublié Dick. Je me retournai et avisai une vieille femme poussant son chariot.
- Excusez-moi, j'ai oublié quelque chose, vous pourriez me garder ça ?
- C'est que, je ne sais pas
- J'en ai pour trente secondes !
- Oui mais c'est que...
- Bon. Faites comme vous voudrez, je reviens.
Et je la plantai là en laissant mon caddie alors que son visage se tordait dans une sorte de rictus effarouché. En chemin, je croisai une vendeuse écarlate, lancée à la poursuite de l'homme aux oeufs, armée d'une bombe de désodorisant dont elle aspergeait copieusement son passage tandis que l'air de rien, l'homme continuait ses courses.
Au rayon des aliments pour animaux, je me chargeais d'un énorme sac de croquettes, d'une grosse boîte de pâtée “le plein de tonus pour votre chien”, d'un sachet de bâtonnets de viande séchée “la friandise préférée de votre compagnon” et pendant que j'y étais, je fis l'acquisition d'une splendide gamelle à double réceptacle en plastique rouge vif. Puis je filai retrouver mon caddie.
La vieille l'avait laissé traîner au milieu d'une allée, se précipitant aux caisses pour payer ses trois poireaux et sa bouteille de gentiane, laissant trois personnes passer devant moi. Je lui lançai un regard noir et m'installai dans la file d'attente. La caissière avait une vingtaine d'années, les cheveux blonds et maquillée avec goût pour une fois et je la reluquai, histoire de tuer le temps.
En sortant, je repassai par le rayon lingerie, histoire de partir sur une bonne impression, le montant de ma note à la caisse m'ayant laissé quelque peu abasourdi. Las, le petit carré de roses avait à présent des allures de champ de bataille, trois furies essayant de s'arracher coûte que coûte les derniers petits ensembles. Elles étaient toutes griffes dehors, prêtes à rendre coup pour coup et je filai vers les escalators sans demander mon reste
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# Posté le vendredi 29 mai 2009 12:35